Compte-rendu du 17ème Congrès de la Psychiatrie (CFP)
Essais cliniques, kétamine et pizza sur la plage...
Je rentre à peine de Cannes où avait lieu, du 10 au 13 décembre, le dix-septième Congrès français de la psychiatrie. Étalé sur plus de trois jours, cet événement rassemblait 4500 professionnels de santé — majoritairement psychiatres — autour du thème de la lumière. Quoi de mieux que le Palais des Festivals de Cannes pour aborder ce thème !
La lumière, nous l’avons vue assez tôt, afin de pouvoir installer le stand de la Société psychédélique française dès la veille au soir, judicieusement positionné entre ceux de Fédération Addiction et de l’OFPN. Dans les bagages et bientôt montés, un roll up de la SPF, un autre de PsychedeliCare (ainsi qu’un poster résumant le positionnement de l’initiative), des stickers, quelques exemplaires du manuel de réduction des risques et des ouvrages français traitant du champ des psychédéliques : Dominique Nora, Stéphanie Chayet, Christophe Tison, Mathilde Ramadier, Joël Bockaert, Christian Sueur…

C’est une quinzaine de personnes qui s’arrêteront en moyenne sur notre stand chaque jour : des psychiatres curieux, des qui ont déjà essayé, d’autres qui se demandent ce que ça peut bien soigner, quelques dubitatifs, ceux qui ont des patients usagers… Majoritairement jeunes, ils ont entendu parler du sujet mais cernent mal les indications thérapeutiques ou l’état actuel de la recherche, en France ou dans le reste du monde.
Le programme du congrès de cette année est pourtant fourni : la recherche du mot-clé “psychédélique” renvoie 16 occurrences parmi lesquelles manquent encore deux présentations sur le sujet. Une nette progression ces dernières années, appuyée sans doute par Luc Mallet, membre du comité exécutif du CFP et coordinateur de la section médecine psychédélique de l’AFPBN. Côté chercheur•euses, je découvre de nouvelles personnes qui me confient faire régulièrement de même à l’occasion de ce type d’événement. L’idée d’un trombinoscope pour y voir plus clair, et mieux communiquer auprès des différents publics, a germé !
Parmi ces présentations, j’ai pu écouter Amandine Luquiens confirmer les résultats prometteurs de l’essai du CHU de Nîmes dans le traitement du trouble de l’usage de l’alcool et de la dépression, Bruno Roméo détailler les facteurs de médiation de l’intensité de l’expérience psychédélique et leur lien avec l’efficacité de traitement et Zoë Dubus révéler les dessous de l’Histoire des explorations thérapeutiques aux États-Unis. Un programme dense mais extrêmement enrichissant. Je ferai un compte-rendu plus précis de ces interventions lorsque le replay sera accessible.
Samedi matin à 8h, je ratais le lever du soleil pour aller écouter le professeur Fabrice Jollant pointer du doigt un autre retard français : celui de l’usage de la kétamine, en particulier dans le traitement des crises suicidaires et de la dépression résistante. Une présentation très intéressante, doublée d’une recommandation de traitement en quelques séances d’intraveineuse à l’efficacité redoutable… ou semble-t-il ! Car la veille même, une adhérente me racontait les expériences difficiles de plusieurs connaissances ayant été perfusées à la kétamine à l’hôpital, sans soutien psychologique (le modèle proposé par le professeur Jollant étant totalement biomédical, les séances se font en hôpital de jour sur une période de 3h ; le•a patient•e est laissé dans une chambre — au mieux — pendant qu’un•e infirmier•e prend ses constantes de temps à autre). Un excellent sujet à creuser dans un prochain billet, ayant récemment rencontré à Bruxelles un représentant finlandais d’une clinique de kétamine ouverte avec le soutien du gouvernement…
Avant de reprendre le train du retour, j’ai juste eu le temps d’apprécier le début de l’événement off de l’antenne Nice Côte d’Azur de la SPF (fraîchement créée depuis le mois de juin), rassemblant deux chercheurs du groupe Transdisciplinary Trip Report Initiative in Psychedelics (TTRIP) de l’Université de Nice, Françoise et Jeff Storey.
Il reste donc à espérer que les conférences faisant la part belle aux innovations thérapeutiques continuent de prospérer, que les chercheur•euses continuent de travailler dans le champ des psychédéliques (cela semble bien parti) et cela me donnera autant d’occasions pour continuer d’informer et de (re)présenter nos associations militantes sur le territoire national !
L’année prochaine, le congrès se tiendra à Strasbourg et aura pour thème la politique, ce qui m’a déjà donné l’idée d’une présentation à soumettre…



