Eli Lilly rachète AtaiBeckley : jusqu'à 3,8 milliards de dollars pour un dérivé de la 5-MeO-DMT
Un signal fort de la consolidation du marché des traitements psychédéliques.
Eli Lilly a annoncé le 16 juillet l’acquisition d’AtaiBeckley, la biotech qui développe BPL-003, un médicament non encore homologué et dérivé de la 5-MeO-DMT, actuellement utilisé dans un essai de phase 3 contre la dépression résistante. Il y a jusqu’à 3,8 milliards de dollars sur la table, ce qui en fait à ce jour l’un des plus gros paris de l’industrie pharmaceutique sur les psychédéliques.
Même si Eli Lilly dépense aujourd’hui environ 2,8 milliards de dollars pour prendre sa participation dans AtaiBeckley, ce sont les étapes règlementaires ouvrant à un possible bonus qui sont intéressantes à observer. Ainsi, Eli Lilly pourrait dépenser environ 1 milliard supplémentaire si trois jalons sont atteints : le passage en phase 3 de VLS-01 (sous 4 ans), l’approbation américaine de BPL-003 assortie d’un reclassement par la DEA (sous 5 ans), puis l’approbation américaine de VLS-01 elle-même, également assortie d’un reclassement par la DEA (sous 7 ans).
L’actif principal d’AtaiBeckley, le BPL-003, est du benzoate de mébufoténine, un dérivé de synthèse de la 5-MeO-DMT et fait partie d’un pipeline qualifié de « neuroplastogènes à action rapide ». Il est mis au point pour une administration intranasale en cadre clinique, actuellement en phase 3 pour la dépression résistante au traitement et le trouble anxieux social, avec une désignation Breakthrough Therapy de la FDA. Un second actif, VLS-01 (un film buccal permettant l’absorption de DMT, habituellement rendu inactif en ingestion orale) n’a pas cette désignation : son essai de phase 2b (Elumina, 156 patients) vient d’achever son recrutement et les résultats sont attendus au 4ᵉ trimestre 2026. AtaiBeckley prévoit déjà de faire passer VLS-01 en phase 3 non pas sur la dépression résistante mais sur la dépression majeure au sens large, ce qui représente une population plus vaste.
Interrogé par Politico Europe, Tadeusz Hawrot, fondateur de PAREA (Psychedelic Access and Research European Alliance), y voit un signal fort : « The ultimate validation alongside innovation is seeing big pharma interested in this industry (...) a sign of the robustness, of the safety and efficacy that we see in late stage trials. »
Lilly devient le troisième grand laboratoire à investir le secteur après Otsuka et AbbVie. On assiste donc à une consolidation industrielle à laquelle certains chercheurs académiques comme Amandine Luquiens en France, opposent explicitement une voie publique indépendante.
Il sera donc intéressant de suivre le calendrier de la DEA, puisqu’une partie de l’accord qui vient d’être signé repose sur le statut réglementaire de la 5-MeO-DMT aux États-Unis, ainsi que les résultats de phase 2b de VLS-01, attendus à la fin de cette année.

