Entretien avec Shayana, à la croisée des pratiques corporelles et ésotériques
J'ai rencontré Shayana grâce à PAUA, la communauté de Loïc Le Meur dont il faudra que je vous parle une prochaine fois, et elle m'a fasciné par le mélange dans sa pratique de nombreux enseignements...
L’interview de Shayana date d’il y a quelques mois. Elle a depuis mis en ligne une partie de son enseignement sur son propre site. Ses propos ont été légèrement modifiés pour faciliter la lecture et la compréhension.
– Bonjour, et merci Shayana d'être là, merci pour ton intérêt envers ma démarche. On va prendre un peu de temps pour parler de ta pratique, de tes pratiques, puisqu'il y a beaucoup de pratiques différentes, mais c'est justement ce qui te représente, d’allier ces sujets qui, de prime abord, apparaissent très différents, mais qui ont une structure ou en tout cas une finalité qui est commune. Est-ce que tu peux commencer par brièvement te présenter, qu'on sache un peu qui tu es et quels sont les sujets que tu intègres aujourd'hui dans ta pratique ?
– Je m'appelle Shayana et depuis que je suis enfant je m'intéresse à l’ésotérisme et beaucoup aux religions. J'ai aussi été beaucoup déçue par les religions et je me suis tournée vers une pratique plus traditionnelle pendant quelques années. Dans mon adolescence, les pratiques de magie, les incantations étaient très présentes, j’ai toujours cru à quelque chose de plus grand. Partie aux États-Unis, j'ai eu des problèmes de santé qui m'ont obligée à faire une pause, ce qui m’a donné le temps de m’interroger sur le sens de la vie. J'avais commencé le yoga en 2009 parce que j'avais pris beaucoup de poids, j’avais pratiqué les arts martiaux de 11 à 18 ans, ce qui m’avait donné beaucoup de discipline ; j’avais déjà un intérêt très large, qui allait jusqu’à l'Inde et aux pratiques yogiques. Dans la tradition juive, on n'étudie pas la Kabbalah avant 40 ans, donc je me cachais un peu. Je suis arrivée à New York en 2013 et c'est à ce moment-là que j'ai rencontré les psychédéliques pour la première fois, ce qui m’a incité à approfondir ma relation au yoga et à la conscience. Le fil conducteur de mon existence a été la recherche de liberté : me détacher de mes parents, ma famille pour me trouver moi-même, aller à New York, mais malgré ça je n’étais toujours pas heureuse.
Jusqu’en 2015 j'y organisais des raves, en plus de mon travail, et plusieurs personnes autour de moi sont décédées dans des circonstances tragiques, ce qui m'a fait tout remettre en question et le yoga est devenu de plus en plus important pour moi. Au cours d’une expérience de méditation sonore, j’ai compris que je devais créer un collectif qui porterait le message que nous sommes tous Un mais je n’avais pas les ressources pour porter ce projet. Ça a été le début de mon aventure, à commencer par approfondir ma confiance en soi, me libérer des traumas… Sur un coup de tête, je suis partie au Mexique, et être plus proche de la nature m’a aidée pendant un temps, mais surtout j’ai rencontré ce professeur, Michael, qui habitait Pondichéry, et j’ai décidé de le suivre.
J’ai donc passé les six dernières années de ma vie en Inde, à m’enrichir de nombreuses pratiques : la méthode Tomatis pour reprogrammer mon cerveau et me permettre un meilleur apprentissage, je suis devenue maître Reiki et surtout pratiquante du yoga intégral de Mère et Sri Aurobindo. Ce yoga intégral travaille sur l’ensemble des corps, physique, mental, émotionnel, aurique, jusqu’au corps psychique pour faire évoluer la conscience de soi. C’est à partir de ce yoga que j’ai découvert la pratique et plus tard l’enseignement de différentes traditions et que j’ai posé les bases de ce yoga néo-tantrique qui permet de faire des asanas, de vraiment ressentir son corps et d'explorer différents niveaux de conscience grâce à la respiration. Donc on fait les asanas, mais la respiration nous emmène dans les différents niveaux de conscience Sattva, Rajas et Tamas.
– Est-ce que c’est ce voyage en Inde qui va être l’accélérateur de la conception de ta pratique rassemblant tous ces sujets ?
– Ça va venir petit à petit. À New York j’ai eu mon premier contact avec la cabale via le Kabbalah Center, puis avec une professeure qui enseigne les sons de la Kabbalah. Quand j'ai rencontré Michael, j’ai découvert qu'il enseignait la merkabah d'un point de vue intégral, lui aussi. L’essence de toutes ces pratiques est la même, que ce soit le qi gong, le yoga ou la cabale… Le travail se focalise sur les éléments, eux qui composent le corps et l'univers, les éléments de l'alchimie en réalité ! Et bien sûr ces pratiques sont possibles uniquement avec le corps physique, mais derrière se trouve un autre chemin qui mène à une conscience différente. Ça s'applique dans tes mouvements, ta respiration, tes sens…
– Et dans le son, dans ce que tu écoutes ou dans les sons que tu vas produire ?
– Oui, aussi !
– À quel moment ces pratiques vont former ta transmission thérapeutique ?
– C'est un enseignement, c'est une pratique, c'est un accompagnement thérapeutique et ça a évolué au fil du temps. Pour commencer j'ai enseigné le yoga, et à partir de 2022 j'ai organisé des classes alliant le son, la respiration et le mouvement, ce qui m’a permis de tester différentes choses : du yoga et des techniques de méditation ou de qi gong, ou du qi gong avec des techniques de respiration du yoga. Et au fil du temps, au fil de l'expérience, c'est devenu plus fluide. Aujourd'hui c'est un programme thérapeutique mais ça va aussi beaucoup plus loin, ça s’adresse à celles et à ceux qui veulent expérimenter et comprendre le sens de la Vie. Ça semble grandiloquent mais une de mes clientes après 3 mois d’accompagnement a arrêté de prendre des médicaments pour son anxiété, pour ses hallucinations et son stress post-traumatique. Son état a été validé par sa psychiatre. Son programme consistait en une séance hebdomadaire de 2h30 de rééquilibrage, de mouvements et techniques de respiration. Elle a appris et utilisé des techniques de release émotionnel, de release de trauma par le corps et de journaling ; elle avait des exercices à faire pendant toute la semaine.
- Et ça, c'était une participante que tu as intégrée à ton programme dans le but de soigner ses troubles de l'anxiété, ou ça a été un effet secondaire de la pratique ?
– L’objectif était de travailler sur ses traumas. Elle avait subi plusieurs agressions sexuelles enfant. La libération émotionnelle et mentale, le remaniement de l'énergie dans son corps lui ont permis de retrouver confiance en elle et ça l’a libérée de son anxiété, elle est plus alignée dans ses décisions et plus ancrée dans son corps. Elle a eu besoin de s’accepter elle-même, accepter ses visions en reprogrammant ses croyances, se dire que c'est un don qui est à utiliser à bon escient. Étant une créative à Bollywood, ce travail d’assimilation et d’acceptation l’a aussi aidée dans son écriture et lui a apporté plus de succès.
– Qu’est-ce qui fait que tu as choisi toutes ces pratiques au travers de leurs différences mais aussi de leur complémentarité ? Tu t’es sentie guidée d’une manière ou d’une autre ?
– Je me suis sentie attirée par la cabale depuis toute petite, sans avoir aucune idée de son application, et d’une manière générale, le point commun est le contexte de la vie terrestre, l’incarnation. L’éducation juive dont j’hérite nous dit que l’on doit faire des actions dans le monde, et tout ce qui relie ces pratiques c’est la réalisation d’un acte matériel. Elles nous emmènent au même endroit ! On doit se reconnecter au corps, à nos cellules et à toutes les parties de nous-mêmes. J'utilise le tarot pour comprendre les énergies qui sont en place autour de nous, tout revient à ressentir cette connexion divine dans la vie terrestre, c’est à dire élever le terrestre vers le spirituel et amener le spirituel sur terre. C'est le but du yoga intégral, de la cabale, du qi gong…
– Quel est ton point de vue par rapport à l'état du monde qui nous entoure, toutes les crises que nous vivons actuellement sont une opportunité ?
– Je pense que tous les chemins sont bons à partir du moment où on est vrai avec soi-même. Ma famille, mes parents sont très heureux dans leur vie, même s’ils sont loin de ces considérations. On est dans un moment pivot de l'évolution où il y a une plus grande aspiration de l'homme à se trouver soi-même et évoluer d'un point de vue physique, spirituel, émotionnel, etc. La philosophie de Sri Aurobindo dit que l'homme est un être en évolution et soit l’évolution est choisie consciemment, soit la nature va s’en charger et ça prendra juste plus de temps. Malgré tous les signes de réussite matérielle et extérieure, la popularité, l'appartement, au moment où tu ressens un vide intérieur, ça détruit tout. Je pense que c'est un moment où de plus en plus de personnes vont se poser ce genre de questions. Le choix individuel est hyper important. Je vais faire référence à un écrivain, un philosophe allemand qui s'appelle Erich Gutkind et qui est contemporain d’Einstein. Il écrit à propos d’un moment dans l'histoire où on aura un collectif absolu, c'est-à-dire un collectif d'individus comme êtres indivisibles où chacun va incarner le meilleur de ses aptitudes, de ses dons, ce qui permet d’envisager une nouvelle société où on pourra vivre en harmonie avec des valeurs de paix et d'égalité.
– La devise française est très proche de cet idéal, et même si on a toujours tendance à se considérer sous la contrainte ou ne pas être libre, il faut garder à l’esprit que la connaissance de soi nous donne la possibilité d'être plus altruiste et se tourner vers les autres.
– On a tous la même étincelle divine à l'intérieur, nos habits sont différents, les interfaces sont différentes mais à l'intérieur on a tous la même étincelle. Et si on se met au service, si j’aide l’autre, c'est comme si je m'aidais moi-même. Ça permet de se relier à l'unité collective qu'on représente. Notre corps contient 30 trillions de cellules et forme une unité, on peut appliquer cette image à la l’individu et à la société.
– Ce qui est le message dans beaucoup de religions aussi avec ce perpétuel “zoom in, zoom out” sur ce que tu fais individuellement, qui compte aussi, car chacun de tes actes a un impact plus large. Pour terminer, quels sont ces trois aspects du yoga dont tu parlais tout à l’heure ?
– Ah oui, Sattva, Rajas et Tamas. Ce sont des concepts yogiques et ayurvédiques, comme des états de conscience. Tamas c'est la densité, Rajas l'intensité et Sattva la luminosité. Tamas c'est la matière, le corps matériel, et c'est composé de la terre, de l'eau et du feu. Trois composantes à l'intérieur donc au niveau des chakras, Tamas correspond au chakra de la terre, le chakra sacral, au chakra sexuel et au plexus solaire. En respiration, ça correspond à l’ancrage dans le corps, pour ressentir la densité, la gravité. Quand tu t'élèves à Rajas, c'est l'intensité, c'est la conscience. C'est aussi ce qu'on appelle tapas ou agni, c'est le feu ou la force qui t'anime. Ça représente l'eau, le feu et l'air, c'est la Vie, c'est tout ce qui t'anime. En respiration, ça serait "Breath of Fire". Sattva, c'est la luminosité, ça représente l'air et l’éther, l'espace. C’est le vide, le fait d'être lumineux. Les images des Saints montrent toujours ce halo… En Ayurveda, il existe des sattvic food, c’est de la nourriture qui va te laisser dans cette luminosité. Ça correspond à une respiration plus aérienne, tout en restant connecté au corps. Ce sont trois états de conscience qu'on peut expérimenter dans la vie de tous les jours.
– Je vois qu'il nous restera des sujets à explorer la fois prochaine. Merci beaucoup Shayana de nous avoir éclairés sur tes pratiques !



Bravo pour ce beau reportage très enrichissant hâte d’une deuxième parti 😍