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Usage médical de la kétamine – Résumé et retranscription de la conférence du Pr Jollant

Le 13 décembre 2025, le professeur Fabrice Jollant tenait une conférence au Congrès Français de la Psychiatrie intitulée "La kétamine racémique à l’hôpital : pour qui, pour quoi, comment ?"

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Alexis
févr. 16, 2026
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Lors de cette conférence, le Pr Jollant présente la kétamine racémique intraveineuse (IV) comme traitement de la dépression résistante et de la crise suicidaire, hors autorisation de mise sur le marché (AMM). Selon lui, malgré plus de 60 ans de recul et son inscription sur la liste OMS des médicaments essentiels, la kétamine reste sous-utilisée en France, alors que de nombreux pays l’emploient pour ces indications car elle a fait ses preuves et que des recherches sont en cours sur d’autres indications thérapeutiques. Il distingue clairement la kétamine racémique IV de l'eskétamine (Spravato), qu'il juge moins efficace.

Concernant la crise suicidaire, une étude KETIS de 2022 menée par le Dr Abbar montre des résultats impressionnants : avec un protocole de 2 perfusions de 0,5 mg/ kg sur 40 minutes à 24 heures d’intervalle, est observé la rémission complète des idées suicidaires dès la fin de la première perfusion chez 40% de 156 patients à haut risque hospitalisés. Au troisième jour (donc après les deux perfusions), la rémission complète est observée chez 63% des patients et l’effet se maintient puisque ce chiffre monte à 70% après 6 semaines. Dans cette étude, on observe une très bonne tolérance avec 10% de dissociation, 10% de sédation, pas d’hypomanie ni de symptômes psychotiques. À noter que l’eskétamine intranasale (IN) ne semble pas fonctionner dans la crise suicidaire (études Janssen non significatives).

Dans la dépression résistante, le niveau de preuve est apporté par de multiples méta-analyses, dont celle de Bhaji publiée en 2022. Dans une méta-analyse publiée par le Pr Jollant et son équipe, toujours en 2022, des études observationnelles, l’efficacité du traitement en conditions “réelles” est confirmée, avec 45% de réponse au traitement, 30% de rémission des symptômes. Comparativement, la kétamine racémique IV est au moins aussi efficace que l’électroconvulsivothérapie (ECT) mais plus rapide et mieux tolérée. Elle se révèle également plus efficace que l’eskétamine IN et que l’aripiprazole, et classée parmi les 4 traitements les plus efficaces pour cette indication thérapeutique, avec l’ECT, le theta burst stimulation (TBS) et la repetitive transcranial magnetic stimulation (rTMS).

Est ensuite présenté un protocole de prise en charge de ces deux indications. Dans le cadre de la crise suicidaire, jusqu’à 2 perfusions à 24 heures à une dose de 0,5 mk/ kg sur 40 minutes ; deux tiers des patients auront une très bonne réponse. Dans le cadre de la dépression résistante, on distingue deux phases : induction et maintenance. Dans la phase d’induction, 6 perfusions sur 3 semaines à raison de 2 par semaine, toujours avec la même dose de 0,5 mg/ kg sur 40 minutes. Si la réponse est insuffisante, il est possible d’augmenter la dose à 0,75 mg/ kg (avec un maximum de 1 mg/ kg, mauvaise tolérance au-delà). Le protocole doit être arrêté s’il on n’observe pas de réponse au bout des 6 semaines. Dans la phase de maintenance, 1 perfusion par semaine pendant 4 semaines, puis un espacement progressif des perfusions selon la réponse du patient. Certains nécessiteront un traitement au long cours qui peut s’entendre au rythme d’une perfusion par mois.

Pour lutter contre les obstacles à la prescription observés, le Pr Jollant a travaillé avec la Société Française des Anesthésistes-Réanimateurs (SFAR) qui a publié en juillet 2025 une série de préconisations avec les messages clés suivants : la présence d’un anesthésiste n’est pas nécessaire aux doses utilisées, il n’y a pas de risque vital en dehors d’une insuffisance cardio-respiratoire sévère, la prise en charge est possible en hospitalisation complète ou de jour, avec une simple surveillance cardio-respiratoire et un ECG pendant et une heure après la perfusion. Dans le cadre réglementaire, un dossier de cadre de prescription compulsionnelle (CPC) a été déposé à l’Agence Nationale pour la Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) pour la crise suicidaire dont la réponse est attendue en 2026. Actuellement, la prescription se fait hors AMM avec le consentement du patient.

À court terme, les traitements proposés semblent très bien tolérés et sans risque : les effets dissociatifs et sédatifs sont transitoires (ils disparaissent dans les 2 heures), les nausées et les vertiges sont rares. À long terme, les données sont rassurantes malgré la surveillance nécessaire : le risque d’abus est très faible en environnement thérapeutique contrôlé, les troubles cognitifs sont extrêmement rares, les problèmes urinaires ne sont pas observés aux doses thérapeutiques et une surveillance hépatique est recommandée sur le long court. Enfin, le coût d’un tel traitement est négligeable (0,5€ par perfusion) par rapport à l’eskétamine, retirée l’APHP pour cette raison.

En conclusion, le Pr Jollant recommande d’utiliser la kétamine racémique IV, notamment avant les ECT dans la dépression résistante et sans attendre une résistance extrême (2 à 3 antidépresseurs essayés suffisent).

Vous pouvez consulter la retranscription complète de l’intervention du Pr Jollant en étant connecté avec votre profil membre ou en cliquant ci-dessous.

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